Sur le front, le Wi-Fi peut tuer : comment l’internet par la lumière devient le dernier rempart du soldat 2.0
PODCAST - Ancien cadre de Philips, Benjamin Azoulay rêve d’un internet par la lumière. Sa technologie Li-Fi, immune au brouillage, équipe désormais des brigades de l’armée française et fait d’Oledcomm la seule start-up t
Benjamin Azoulay a fait l’essentiel de sa carrière au sein du groupe Philips. Il y a exercé tous les métiers, mais le fil rouge de son parcours, c’est la lumière. Il a travaillé sur l’éclairage de la façade du Louvre, de la tour Eiffel, de la tour Montparnasse. Et sa vie a basculé en 2014, quand il a découvert le Li-Fi, ou Light Fidelity, une technologie de communication sans fil qui utilise la lumière visible ou infrarouge, au lieu des ondes radio du wi-fi, pour transmettre des données. Le principe : des LED allumées et éteintes à très grande vitesse, grâce à des modulations mathématiques sophistiquées, pour transmettre de l’information sans brouillage ni interférence radiofréquence.
Quand il quitte Philips en 2016, les professeurs à l’origine de la technologie le sollicitent. Il saute le pas et rejoint Oledcomm, une start-up de quinze personnes fondée en 2012, gérée comme un laboratoire de recherche, vivant de fonds publics sans jamais industrialiser.
L’envie d’entreprendre le travaillait depuis la quarantaine : il ne voulait pas finir dans un grand groupe, avec la mobilité que cela impose. La start-up vise alors le grand public : faire des 14 milliards de points lumineux autant de points d’accès à internet. Mais le wi-fi, encore limité en 2014-2015, enchaîne les progrès jusqu’au wi-fi 6 puis 7. Dès 2020, Benjamin Azoulay comprend que ce marché sera bien plus long à conquérir. Il bascule vers les secteurs de la défense et du spatial.
Les armées veulent la même technologie, mais durcie aux normes militaires. Le problème tient en un chiffre. Dans la « kill zone » ukrainienne, celui qui émet en radio est détecté, géolocalisé puis visé par un drone en quelques secondes : sept, selon les analystes. D’où la nécessité absolue de garder le silence radio. Oledcomm propose un faisceau infrarouge, invisible même la nuit, si étroit qu’il faut se placer devant pour l’intercepter, sauf à disposer de caméras sophistiquées très chères.
L’entreprise a conçu une bulle de connectivité d’un kilomètre, sans radiofréquence, qui relie soldats, véhicules, tentes de commandement, drones et robots terrestres. Un brouillard dense limite la portée, d’où ce choix d’une bulle locale, reliée aux satellites par des stations optiques. La technologie est certifiée pour des réseaux classifiés en France et en Allemagne, et d’autres certifications sont en cours, et déployée sur deux brigades et une division françaises.
Drones, lasers, systèmes d’IA intégrée… la Silicon Valley avait parié sur la guerre, et rafle aujourd’hui la mise
Oledcomm a miniaturisé sa technologie dans une puce souveraine fabriquée à Crolles, près de Grenoble. La copier nécessiterait trois ans et plusieurs millions d’euros, sans compter logiciel, cryptographie et accréditations. Aux États-Unis, l’entreprise s’appuie sur une filiale à Colorado Springs, dirigée par un vétéran de l’US Army Space Command. À ceux qui évoquent un rachat, il répond que Bercy est informé des projets capitalistiques tous les trois ou quatre mois et qu’il n’a jamais rencontré de blocage.
